Comment l’industrie du disque manipule les enfants et leurs parents (et se moque de nous)

Comment l’industrie du disque manipule les enfants et leurs parents (et se moque de nous)

Avec notre regard d’adulte, on a tendance à entendre les chansons « pour ados » et à penser que c’est – généralement – assez innocent (quand ce n’est pas carrément niais)… Mais, lorsqu’on les étudie minutieusement, on se rend compte d’un pattern assez vicieux. On sait déjà que les gens les moins scrupuleux feraient n’importe quoi pour écouler leur came, mais là, c’est nettement plus insidieux.

Bo Burnham

Eh non, l’homme sur la photo qui illustre cet article n’est pas un artiste « pop », c’est un humoriste américain qui s’est fait connaître en publiant, sur YouTube, il y a dix ans, des chansons décalées et particulièrement intelligentes. J’en ai récemment parlé sur ma page FaceBook où j’ai publié sa chanson « du point de vue de Dieu » et, je me répète : Bo Burnham est un génie qui possède un talent phénoménal dans sa manière de combiner la chanson, le cynisme et l’absurde avec, en plus, la précision d’un sniper qui tire constamment là où ça fait le plus mal.

Et, dans son spectacle « what.« , que Bo a lui-même tenu à distribuer gratuitement sur YouTube (ici, pour les bilingues), Bo Burnham expose les stratégies honteuses de l’industrie du disque. Il en résulte un clip, que je vais partager ci-dessous et traduire en français : Repeat Stuff, qui passe très vite de la « petite chanson d’ado américaine fun et innocente » à « vive satan » ! Je vous laisse juger par vous même de la qualité de son propos (et de la musique) et je surligne quelques passages particulièrement révélateurs. J’ai seulement pris la liberté de couper quelques passages qui se répètent pour vous abréger la lecture.

 

Repeat Stuff.

[vid site= »youtube » id= »nt9c0UeYhFc » w= »853″ h= »480″]

Les Chansons d’Amour étaient si belles autrefois.
« Partons ensemble, toi et moi, lorsque le soir s’étend contre le ciel comme un patient anesthésie sur une table »
T.S. Eliott.

Mais, de nos jours, grâce aux pop-stars à la solde des corporations,
Les chansons d’amour sont encore plus belles !
A quel point les chansons d’amour d’aujourd’hui sont belles ?
Je vais vous montrer.

J’aime tes cheveux, j’aime ton nom,
J’aime comment tu le prononces.
J’aime ton coeur, t’es si intelligente,
Parce que ça se voit tout de suite,
J’aime ta soeur, j’aime ton père,
Et j’aime ta mère, mais par dessus tout j’aime le fait que tu sois assez stupide,
Pour ne pas réaliser que tout ce que je dis a été dit avant,
D’un millier de manières dans un millier de chansons,
Certaines avec les mêmes quatre accords,
Mais tu aimes toujours ça, alors laisses-moi te mettre un doigt,
Mettre un doigt, ouais, mettre un doigt !

Oh, girl, j’espère que tu penses pas que c’est déplacé,
Quand je te dis que je t’aime, ma belle.
J’espère que tu ne vois pas à travers
Cette ruse savamment construite,
Créée par une équipe marketing,
Qui banque sur la puberté et le manque d’estime de soi,
Et le besoin désespéré des adolescentes de se sentir aimées.

L’amérique dit « on aime les refrains,
Mais on veut que ce soit ni compliqué, ni chiant,
Même si ça n’a aucun sens,
On a besoin de se souvenir des mots après une seule écoute.

Alors on répète des trucs.

Répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs…

J’aime mon bébé et tu sais que je ne pourrai pas vivre sans elle,
Mais maintenant je dois m’assurer que toutes les filles pensent que cette chanson parle d’elles,
Juste pour qu’elles diffusent la chanson comme la peste,
Alors je décris ma femme idéale d’une manière très très vague, genre…

« J’aime tes mains, car tes empreintes digitales ne ressemblent à aucune autre,
J’aime tes yeux et leur couleur bleumarronverdâtre,
J’aime quand tu souris, que tu fasses un grand sourire,
Et j’aime comment ton buste a un bras de chaque côté »

Mais là, si t’es mon agent, tu dois te dire « Oh non ! Alerte rouge !
Tu permets pas aux petites filles qui n’ont pas de bras de s’identifier !’
Mais elles ne peuvent pas se servir d’iTunes, alors on les emmerde,
Qui a besoin d’elles ?

[…]

Je suis dans les magazines,
Pleins d’ado mannequins,
Tellement loin au dessus de toi.

Alors, lis-les et déteste toi,
Et paie moi pour que je te dise « je t’aime ».

Et tes parents joueront toujours le jeu,
Parce que leur petite fille est amoureuse.
Et comment l’amour pourrait-il être une mauvaise chose ?
Comment l’amour pourrait-il être mauvais ?

Quand tu répètes des trucs.

Répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs, répète des trucs…

Ouais : on sait que c’est pas bien.
On sait que c’est pas marrant.
Mais on n’arrêtera seulement,
Quand vous arrêterez de cracher de l’argent.

En attendant, on répètera des trucs !

 

Et si vous avez envie de découvrir un spectacle entier de Bo Burnham, son dernier show, « Make Happy », est disponible sur NetFlix sous-titré en français. Attention, le rythme est assez déjanté !

La supercherie est dévoilée. Il nous revient maintenant de faire plus attention à ce que nos enfants et nous écoutons et d’être capable de faire preuve de plus de discernement.

En attendant, on répétera des trucs 😉
A bientôt !

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